Résumé expert


La protéine C-réactive (hs-CRP) est un marqueur de l’inflammation chronique de bas-grade. Les scores MADRS traduisent la présence de symptômes dépressifs. L’analyse statistique de la corrélation entre la concentration de cette protéine et de différents marqueurs métaboliques (HDL-C, Glu, TG, BP) avec l’apparition de symptômes dépressifs , chez les sujets obèses, devrait permettre de déterminer la contribution de hs-CRP dans la santé métabolique et dans la relation obésité-dépression. 

Les scores de dépression chez personnes obèses ayant une forte concentration en hs-CRP sont significativement plus importants comparés aux sujets obèses ayant une inflammation faible et comparés aux sujets obèses (figure 1). De plus, des concentrations particulièrement importantes de hs-CRP sont observées chez les sujets obèses présentant un trouble de dépression majeure (MDD) (figure 2). Ces résultats indiquent donc une forte corrélation entre le niveau de hs-CRP circulante et l’intensité des symptômes dépressifs. 

Les chercheurs ont mis en évidence que certaines anormalités métaboliques (HDL-C, Glu, TG, BP) n’ont pas d'impact significatif sur l’apparition du profil dépressif, seuls ou avec d'autres anormalités (figure 3A). D'ailleurs, lorsqu'on sors hs-CRP de la définition de la santé métabolique, les scores de dépression sont identiques pour les sujets obèses métaboliquement sains (MHO)  et métaboliquement malsains (MUO) (figure 3B) En revanche, la présence de cette protéine hs-CRP est suffisante pour avoir un impact significatif sur les scores MADRS. 

De ce fait, cette étude a permis de mettre en évidence le rôle prépondérant de l’inflammation chronique de bas-grade, définie comme le niveau de hs-CRP circulante,  dans la prévalence de la dépression liée à l'obésité, proposant une redéfinition de l’obésité métaboliquement malsaine qui exclut la protéine hs-CRP. Cette nouvelle définition distinguant protéine hs-CRP et anormalités métaboliques semble bien montrer que l’inflammation est le déterminant principal, et un meilleur contributeur que la santé métabolique en soi, dans l'association obésité-dépression, et souligne la nécessité d'évaluer l'inflammation systémique dès que l'on diagnostique une comorbidité dépressive dans l'obésité.

Les résultats n'ont pas permis de mettre en évidence un effet ou un rôle modulateur des anormalités métaboliques dans l'association entre hs-CRP et les symptômes dépressifs. Il peut être nécessaire de réaliser une étude plus large, en utilisant une caractérisation plus vaste de l'état de santé métabolique (par exemple en évaluation le rôle de la résistance à l'insuline). 

De plus, cet article ne permet pas d'établir un lien causal entre inflammation lié à l'adiposité et symptômes dépressifs. Le mécanisme précis par lequel l'inflammation influe sur la dépression dans l'obésité peut nécessiter une description plus large des processus inflammatoires dans l'obésité, une investigation dans les tissus adipeux directement (au lieu de seulement le sang) afin de caractériser le rôle des différents compartiments, ou encore une étude plus approfondie des effets sur la neurotransmission, notamment au niveau de l'axe  hypothalamo-hypophyso-surrénalien, des ganglions de la base, ou des boucles frontolimbiques.