Cadre théorique



Un peu d'histoire

La dépression et les désordres métaboliques, prise de poids et obésité inclus, semblent être étroitement corrélés : une forte adiposité est un facteur de risque pour de multiples complications médicales, et est associé à une augmentation de la prévalence de la dépression, et à une résistance aux traitements antidépresseurs. En retour, la dépression augmente le risque de gain de poids et d'obésité (mesurée par la circonférence de taille, l'indice de masse corporelle). De nombreuses études ont mis en évidence cette relation bidirectionnelle entre dépression et obésité, et dans ce contexte, les efforts sont tournés vers l'élucidation des facteurs et processus physiologiques liant ces deux conditions.

La comorbidité dépressive chez les personnes obèses semblent être mulitidimensionnel, et de recentes études ont proposé le concept de santé métabolique comme déterminant clé de cette comorbidité : une obésité métaboliquement saine (MHO) semble liée à un risque dépressif plus important que chez les non-obèses, mais ce risque de dépression est encore plus important pour l'obésité métaboliquement malsaine (MUO), associée à la présence d'au moins 2 altérations / anormalités métaboliques, parmi lesquelles on trouve une forte pression sanguine (BP), un fort taux de tryglycérides (TG), d'hémoglobine glyquée (Glu), de protéines C-reactives (hs-CRP), et un bas taux de cholestérol HDL. 

Cependant il n'y a pas de définition claire et unanime de la santé métaboliquement malsaine, que ce soit sur le nombre d'anormalités métaboliques (parfois >1, parfois >2) et la nature de ces anormalités. En particulier l'inflammation, représentée par le taux de protéine CRP, est inclus dans cette définition, ce qui pose question, considérant son rôle bien connu dans la dépression. En effet, l'inclusion de ce facteur dans la définition de la santé métabolique malsaine pourrait expliquer le lien apparent entre obésité et santé métabolique.

L'obésité est caractérisé par un état inflammatoire chronique de bas-grade, avec une hausse du niveau des marqueurs inflammatoires circulants, affectant à la fois les systèmes immunitaires innés et acquis. Le tissus adipeux chez les personnes obèses est caractérisé par l’infiltration de macrophages qui sont une importante source d'inflammation. De nombreux gènes essentiels aux adipocytes, y compris ceux qui codent pour les facteurs de transcription, les cytokines, les molécules inflammatoires, les transporteurs d'acides gras, sont également exprimés dans les macrophages et jouent un rôle important dans la biologie des macrophages. 

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Cette neuroinflammation exacerbée peut mener au dysfonctionnement de régions cérébrales vulnérables associées à la régulation de l'humeur, l'apprentissage et la mémoire, comme l'hippocampe, et donc à des altérations comportementale. Étant donné ce rôle de l'inflammation dans les symptômes neuropsychiatriques, et notamment dans la physiopathologie de la dépression, l'inflammation systémique de bas grade induite par l'adiposité pourrait contribuer à augmenter la comorbidité dépressive et à réduire la réponse clinique aux antidépresseurs.

Des études cliniques ont mis en évidence que les symptômes dépressifs chez les personnes obèses ayant un syndrome métabolique sont associées à une augmentation de concentration de marqueurs inflammatoires spécifiques, l'interleukine IL-6 et la protéine C-réactive (CRP). De plus, CRP semble être responsable d'environ 20%  de l'augmentation des scores de dépression liés à l'obésité en 4 ans de suivi. D'autres études ont aussi montré qu'une production moindre de marqueurs inflammatoires consécutive à une perte de poids améliore significativement les scores de dépressions d'individus sévèrement obèse.

Toutes ces données suggèrent que l'inflammation, lorsqu'elle est considérée dans la définition de l'obésité métaboliquement malsaine, pourrait expliquer à elle-seule le lien bidirectionnel entre obésité et dépression. 



Hypothèse de travail

L'inflammation peut représenter un facteur déterminant de la relation entre obésité, santé métabolique et dépression. Quelle est donc la contribution de l'inflammation chronique de bas-grade et des anormalités métaboliques dans les symptômes dépressifs chez des sujets obèses?



Hypothèses opérationnelles

Pour répondre à cette problématique il faudra établir une relation statistique entre le profil métabolique (caractéristiques cliniques, examens sanguins) et les symptômes dépressifs (déterminé par des questionnaires d'évaluation de la dépression : MADRS, MINI) chez des personnes obèses présentant ou non une forte concentration en CRP.

Il sera aussi nécessaire d'évaluer individuellement les anormalités métaboliques et leur influence sr les scores de dépression, afin de définir la contribution relative de ces anormalités et de la protéine CRP dans le lien entre santé métabolique et dépression.